600 milliards de dollars, c’est le montant que la FED a injecté dans l’économie mondiale et le retour sur investissement pourrait bien s’avérer payant…surtout si l’Europe honore l’addition.
En procédant ainsi, la FED espère relancer l'économie américaine. Plus une monnaie est présente sur le marché en grande quantité, plus sa valeur baisse. Cette baisse du dollar a pour premier effet mécanique d’augmenter la marge des importateurs de produits américains et de diminuer leur dette en dollar. La première tendance attendue est la relance d'importations provenant des États-Unis.
L’Europe commande alors les produits américains et diminue ses réserves en dollars. Les États-Unis voient augmenter la demande de produits et leurs entreprises commandent plus de matières premières.
En les payant moins chères ?
Il faut rappeler qu’augmentation des exportations ne signifie pas toujours augmentation de PIB. Tous les produits américains ne sont pas fabriqués à 100% sur le territoire. Ainsi, les exportations du secteur de l’électroménager, utilisant abondamment les usines implantées en Chine, ont au contraire augmenté le déficit américain (Rapport de l’Asian Développent Bank Institute du 15 décembre 2010).
En fin de compte, la dépréciation du dollar augmente les échanges économiques.
Mais pas forcément pour Europe. Comme l’Euro est cher, les États-Unis achètent les matières brutes ou finies en Chine qui a vu sa monnaie se déprécier. Néanmoins, vu l'instabilité du Yuan, cet effet est à court terme. A long terme, l’Europe bénéficie d'une monnaie stable grâce à la Banque Centrale Européenne, ce qui lui permet de mener à bien les gros projets dans lesquels les Américains sont impliqués.
En effet, la relance mécanique de l’économie américaine à court terme est très grandement facilitée par un dollar plus faible. La compétitivité de Boeing face à EADS et celle de Lockheed Martin face à Dassault s’améliorent. De fait, en bénéficiant d’un coup de pouce de la FED, les Etats-Unis se mettent en pôle position pour conquérir des parts de marché. L’Inde, qui avait lancé un gigantesque appel d’offres pour moderniser son armée en mettant en concurrence les plus grands acteurs de l’armement devrait logiquement sélectionner les Etats- Unis pour les plus gros contrats et ne laisser aux français et aux russes que des contrats annexes. Novembre a été le départ de la course aux contrats des présidents : elle a été initiée par Barak Obama, suivi de Nicolas Sarkozy en décembre, puis par Hu Jintao et Dimitri Medvedev. Dans cette guerre économique, chaque déplacement représente une responsabilité et des milliers d’emplois sur des décennies. La chronologie des faits ne laisse aucun doute sur la puissante organisation américaine capable d’une synchronisation politique, financière et technologique, qui bénéficie de décennies d’expertise.
Dans ce pari, la stratégie économique de la Chine est d'une nature différente. Notamment, elle émet énormément de brevets de faible qualité mais dont le nombre exerce une pression sur les investisseurs (Un sous- traitant avec 1000 brevets vaut mieux qu’un autre avec 2). La Chine cherche aussi à avoir le monopole de l'industrie photovoltaïque afin de rompre avec sa réputation de pays pollueur, mais aussi de profiter de l’engouement pour le Développement Durable qui s’est emparé de l’Occident.
On voit alors plus clairement la compétition à laquelle se livrent Chine et États-Unis pour conquérir des parts de marché. L’Europe saura-t-elle rapidement se doter d'une politique unique dans ce jeu passionnant des stratégies commerciales ?